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La deuxième lettre de prison d’Aslı Erdoğan

Aslı Erdoğan

Cette lettre de prison d’Aslı Erdoğan sera lue le 12 décembre, partout où des initiatives importantes ont été programmées, en premier lieu à la Maison de la Poésie à Paris. En Suisse, les lecteurs la feront entendre dans tous les librairies solidaires le mardi 13 décembre, à 18h.

Chers amis, collègues,

Cette lettre est écrite depuis la prison pour femmes de Bakırköy, quelque part entre un asile de fous et une vieille léproserie. En ce moment, un nombre de “journalistes”, estimé entre 150 et 200, a été emprisonné en Turquie, et je suis l’un d’entre eux.
Je suis une écrivaine, seulement une écrivaine, auteure de huit livres traduits dans de nombreuses langues, incluant le français. Depuis 1998, je travaille comme chroniqueuse en essayant de combiner littérature et journalisme dans mes chroniques. Les derniers Prix Nobel sont un signe que les “limites rigides” de la littérature sont remises en question avec justesse.
J’ai été arrêtée pour la raison, ou plutôt le prétexte, que je suis un des “conseillers” de Özgür Gündem, le soit-disant “journal kurde”. Même si les lois régissant le journalisme ne donnent aucune responsabilité aux conseillers d’un journal, et qu’aucun parmi les centaines de procès intentés aux journaux n’ait inclus ces symboliques “conseillers”, six de ces conseillers ont été accusés de “terrorisme” : Necmiye Alpay, linguiste et activiste pour la paix, Bilge Cantepe, fondateur du Parti Vert, Ragıp Zarakolu, éditeur et candidat pour un Prix Nobel de la Paix, Ayhan Bilgen, parlementaire, Filiz Koçali, journaliste féministe.
En fait, parmi ces 150 “journalistes”, il y a plusieurs écrivains, des académiciens, des critiques littéraires, mais ils sont tous en prison pour leur travail journalistique.
La situation de la presse est alarmante. Environ 200 journaux, agences de presse, radios et chaînes de télévision ont été fermées sur ordre du gouvernement en à peine 4 mois. Une “punition collective” a aussi été administrée au journal Cumhuriyet, le plus vieux journal de Turquie, bastion de la social démocratie. Comme pour Özgür Gündem, tous les noms listés comme conseillers et éditeurs ont été arrêtés pour avoir approché des organisations terroristes, y compris l’éditorialiste culturel et un caricaturiste !
Le journal Cumhuriyet a il y a peu courageusement publié des rapports sur les relations entre la Turquie et ISIS (Daesh) et a fermement protesté contre les attaques d’enragés contre Charlie Hebdo. De nombreux journalistes, y compris moi, ont été poursuivis pour leur solidarité avec Charlie Hebdo, certains ayant même été condamnés à des peines de prison.
Nous avons besoin de votre soutien, de votre sensibilité et de votre solidarité. PEN, qui est à la base une organisation pour la défense des écrivains, se bat activement pour la liberté des journalistes. Quand la liberté de pensée et d’expression est en danger, il n’y a plus de discrimination.
“Liberté, Egalité, Fraternité”: ce sont des concepts que nous devons à la Révolution française ! Plus de deux siècles ont passé qui ont donné du sens, et une réalité, à ces concepts, façonnés par des siècles de raisonnement, de pensées et de développement littéraire, découlant de siècles de labeur, de combats, de guerre et de sang… Ces concepts se doivent d’être universels, aussi bien en théorie qu’en pratique, pour tous, sans exception.
Mon sentiment est que la crise récente en Europe, déclenchée par les réfugiés et les attaques terroristes, n’est pas seulement politique et économique. C’est une crise existentielle que l’Europe ne pourra résoudre qu’en ressaisissant les nations qui la composent.
De nombreux signes indiquent que les démocraties libérales européennes ne peuvent plus se sentir en sécurité alors que l’incendie se propage en sa proximité. La “crise démocratique” turque, qui a été pendant longtemps sous-estimée ou ignorée, pour des raisons pragmatiques, ce risque grandissant de dictature islamiste et militaire, aura de sérieuses conséquences. Personne ne peut se donner le luxe d’ignorer la situation, et surtout pas nous, journalistes, écrivains, académiciens, nous qui devons notre existence même à la liberté de pensée et d’expression.
Merci beaucoup.
Sincères salutations

Aslı Erdoğan
Prison de Bakırköy C-9

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Cette lettre est publiée conjointement par l’ensemble des revues et associations européennes qui soutiennent l’action:
Kedistan: http://www.kedistan.net/
Diacritik: https://diacritik.com/
Nuit&Jour: http://www.nuitetjour.xyz/
Actualitté: https://www.actualitte.com/
et la Maison éclose ici.

Les fac-similés de la lettre
lettre-aslierdogan_1-5-decembre-2016-01
asli-erdogan-lettre-journalistes-5-decembre-2016-02

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Et les voix portent au loin

cartepostale_page_1Un grand merci à celles et ceux qui prêtent leur voix à Aslı Erdoğan, pour qu’elle soit libre et, avec elle, par elle, toutes les victimes de la répression des mots et des idées en Turquie aujourd’hui.

Je remercie particulièrement les auteur/e/s de Suisse romande et de Rhônes-Alpes (celles et ceux que j’ai reconnu/e/s, vous me signalerez si j’oublie) qui sont présents parmi les mille voix de cette polyphonie:

Isabelle Aeschlimann-Petignat
Raphaël Aubert
Vivienne Baillie
Pascal Bernheim
Sylvie Blondel
Denise Campiche
Olivier Chapuis
Mélanie Chappuis
Simone Collet
Sophie Colliex
Nicolas Couchepin
Elisabeth Gaillard-Daucourt
Hélène Dormond
Sabine Dormond
Florian Eglin
Véronique Emmenegger
Pierre Fankhauser
Heike Fiedler
Alain Freudiger
Yves Gaudin
Valérie Gilliard
José Gsell
Claudine Houriet
Amina Jendly
Nathalie Jendly
Magali Jenny
Gilles Jobin
Nicolas Kissling
Pierre Launay
Rachel Maeder
Paule Mangeat
Janine Massard
Eric Monnier
Gilles de Montmollin
Julie Moulin
Quentin Mouron
Denise Mützenberg
Pierre Yves Lador
Thierry Luterbacher
André Ourednik
Jean Prod’hom
Philippe Rebetez
Anne-Frédérique Rochat
Walter Rosselli
Daniel de Roulet
Antoinette Rychner
Florian Sägesser
Abigail Seran

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La Maison éclose demande la libération d’Aslı Erdoğan

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photo: Adrian Baer / NZZ

 

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La Maison éclose, parrainée par Amnesty International, propose une action de solidarité en faveur de l’écrivaine turque Aslı Erdoğan et toutes les victimes de l’injustice du régime d’Ankara. Cette mobilisation s’adresse à toutes les personnes qui ne peuvent assister à la répression sans poser un acte fort.

Elle prendra la forme symbolique d’un calendrier de l’Avent solidaire:

  1. Du 1er au 24 décembre, tous les jours, à 18h, des lecteurs et lectrices liront un chapitre ou un extrait du dernier livre d’Aslı Erdoğan, « Le Bâtiment de pierre », dont la traduction a paru en 2013 chez Actes Sud;
  2. Le samedi, la lecture aura lieu à 16h;
  3. Ces lectures publiques auront lieu simultanément, durant quinze minutes à peine, dans toutes les librairies du pays qui nous ouvriront leur porte;
  4. Un agenda en ligne (sur doodle) permettra à toutes les personnes intéressées de s’inscrire afin d’assurer une présence quotidienne dans les librairies.

Comment pouvez-vous participer?

  • Vous êtes disposé à chercher une librairie dans votre ville et coordonner le tournus des lecteur/trice/s?
  • Vous êtes d’accord d’alerter personnellement votre réseau, par courrier, par email, sur Facebook ou Twitter pour inviter des lecteurs et/ou des spectateurs dans la librairie de votre ville?
  • Vous êtes lecteur/trice et êtes disposé/e à participer une ou deux fois à cette action? Dès qu’une librairie nous ouvre ses portes dans une ville, un doodle est mis en place et vous pouvez vous inscrire.
  • Vous êtes libraire et vous êtes prêt à nous ouvrir votre porte?
  • Vous voulez simplement entendre des lectures?

Merci de prendre contact avec Pierre Crevoisier par email à l’adresse pierre@crevoisier.net

Les librairies qui ont déjà accepté de nous accueillir

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Le bâtiment de pierre

Le bâtiment de pierre, Aslı Erdoğan, Actes Sud 2013

Sur le site de l’éditeur:

Au coeur de l’onirisme, à la frontière du visible et de l’invisible, entre mémoire, rêve et cris, une femme se souvient du Bâtiment de pierre. Dans cette prison, des militants politiques, des intellectuels récalcitrants à la censure, des gosses des rues – petits voleurs de misère – se retrouvaient pris au piège.
De ce monde de terreur véritable, la narratrice de ce récit est pourtant revenue et sa voix, en une étrange élégie, se fait l’écho d’un ange, un homme qui s’est éteint dans cette prison en lui laissant ses yeux.
Ce livre est un chant dont la partition poétique autorise le motif en lui donnant parfois une douceur paradoxalement inconcevable. Un texte rare sur l’un des non-dits de la vie en Turquie.