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Lire pour qu’elle soit libre… en 2017

photo: Adrain Baer / NZZ

Aslı Erdoğan et Necmiye Alpay sont provisoirement libres. Mais le procès continue et la prochaine audience est fixée au 14 mars prochain. Les deux femmes, comme les journalistes poursuivis en même temps qu’elles, risquent toujours la prison à perpétuité.

Nous poursuivons donc les lectures. Elles auront lieu TOUS LES JEUDIS, durant 10-15 minutes, en un maximum de lieux différents.

Belfort Librairie du Chat Borgne
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18h00 Caroline et Matthieu
Carouge Librairie Nouvelles pages
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18h00 Véronique Rossier
La Chaux-de-fonds Librairie La Méridienne
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18h00 Catherine Meyer
Lausanne Librairie La Proue
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14h30 Pascal Cottin
Rue Entre Terre et Mer
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18h30 Pierre Crevoisier

Faites que cent lieux s’ouvrent partout. Des librairies, des cafés littéraires, des bistrots, des bibliothèques, des boutiques, des théâtres, des entreprises, voire des espaces privés. Pourquoi ne pas inviter des ami/es à partager un verre et un moment de lecture chez vous, le jeudi.

Ces lectures auront lieu à l’heure qui sera la plus adaptée à l’endroit qui les héberge.

La Maison éclose recensera et publiera les lieux de lecture sur une carte en ligne. A la demande, elle pourra aussi créer les Doodle d’inscription des lecteur/trices. Pour le reste, l’organisation sera entièrement décentralisée.

Merci de vous annoncer par email à info@maisoneclose.ch

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La deuxième lettre de prison d’Aslı Erdoğan

Aslı Erdoğan

Cette lettre de prison d’Aslı Erdoğan sera lue le 12 décembre, partout où des initiatives importantes ont été programmées, en premier lieu à la Maison de la Poésie à Paris. En Suisse, les lecteurs la feront entendre dans tous les librairies solidaires le mardi 13 décembre, à 18h.

Chers amis, collègues,

Cette lettre est écrite depuis la prison pour femmes de Bakırköy, quelque part entre un asile de fous et une vieille léproserie. En ce moment, un nombre de “journalistes”, estimé entre 150 et 200, a été emprisonné en Turquie, et je suis l’un d’entre eux.
Je suis une écrivaine, seulement une écrivaine, auteure de huit livres traduits dans de nombreuses langues, incluant le français. Depuis 1998, je travaille comme chroniqueuse en essayant de combiner littérature et journalisme dans mes chroniques. Les derniers Prix Nobel sont un signe que les “limites rigides” de la littérature sont remises en question avec justesse.
J’ai été arrêtée pour la raison, ou plutôt le prétexte, que je suis un des “conseillers” de Özgür Gündem, le soit-disant “journal kurde”. Même si les lois régissant le journalisme ne donnent aucune responsabilité aux conseillers d’un journal, et qu’aucun parmi les centaines de procès intentés aux journaux n’ait inclus ces symboliques “conseillers”, six de ces conseillers ont été accusés de “terrorisme” : Necmiye Alpay, linguiste et activiste pour la paix, Bilge Cantepe, fondateur du Parti Vert, Ragıp Zarakolu, éditeur et candidat pour un Prix Nobel de la Paix, Ayhan Bilgen, parlementaire, Filiz Koçali, journaliste féministe.
En fait, parmi ces 150 “journalistes”, il y a plusieurs écrivains, des académiciens, des critiques littéraires, mais ils sont tous en prison pour leur travail journalistique.
La situation de la presse est alarmante. Environ 200 journaux, agences de presse, radios et chaînes de télévision ont été fermées sur ordre du gouvernement en à peine 4 mois. Une “punition collective” a aussi été administrée au journal Cumhuriyet, le plus vieux journal de Turquie, bastion de la social démocratie. Comme pour Özgür Gündem, tous les noms listés comme conseillers et éditeurs ont été arrêtés pour avoir approché des organisations terroristes, y compris l’éditorialiste culturel et un caricaturiste !
Le journal Cumhuriyet a il y a peu courageusement publié des rapports sur les relations entre la Turquie et ISIS (Daesh) et a fermement protesté contre les attaques d’enragés contre Charlie Hebdo. De nombreux journalistes, y compris moi, ont été poursuivis pour leur solidarité avec Charlie Hebdo, certains ayant même été condamnés à des peines de prison.
Nous avons besoin de votre soutien, de votre sensibilité et de votre solidarité. PEN, qui est à la base une organisation pour la défense des écrivains, se bat activement pour la liberté des journalistes. Quand la liberté de pensée et d’expression est en danger, il n’y a plus de discrimination.
“Liberté, Egalité, Fraternité”: ce sont des concepts que nous devons à la Révolution française ! Plus de deux siècles ont passé qui ont donné du sens, et une réalité, à ces concepts, façonnés par des siècles de raisonnement, de pensées et de développement littéraire, découlant de siècles de labeur, de combats, de guerre et de sang… Ces concepts se doivent d’être universels, aussi bien en théorie qu’en pratique, pour tous, sans exception.
Mon sentiment est que la crise récente en Europe, déclenchée par les réfugiés et les attaques terroristes, n’est pas seulement politique et économique. C’est une crise existentielle que l’Europe ne pourra résoudre qu’en ressaisissant les nations qui la composent.
De nombreux signes indiquent que les démocraties libérales européennes ne peuvent plus se sentir en sécurité alors que l’incendie se propage en sa proximité. La “crise démocratique” turque, qui a été pendant longtemps sous-estimée ou ignorée, pour des raisons pragmatiques, ce risque grandissant de dictature islamiste et militaire, aura de sérieuses conséquences. Personne ne peut se donner le luxe d’ignorer la situation, et surtout pas nous, journalistes, écrivains, académiciens, nous qui devons notre existence même à la liberté de pensée et d’expression.
Merci beaucoup.
Sincères salutations

Aslı Erdoğan
Prison de Bakırköy C-9

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Cette lettre est publiée conjointement par l’ensemble des revues et associations européennes qui soutiennent l’action:
Kedistan: http://www.kedistan.net/
Diacritik: https://diacritik.com/
Nuit&Jour: http://www.nuitetjour.xyz/
Actualitté: https://www.actualitte.com/
et la Maison éclose ici.

Les fac-similés de la lettre
lettre-aslierdogan_1-5-decembre-2016-01
asli-erdogan-lettre-journalistes-5-decembre-2016-02

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Et les voix portent au loin

cartepostale_page_1Un grand merci à celles et ceux qui prêtent leur voix à Aslı Erdoğan, pour qu’elle soit libre et, avec elle, par elle, toutes les victimes de la répression des mots et des idées en Turquie aujourd’hui.

Je remercie particulièrement les auteur/e/s de Suisse romande et de Rhônes-Alpes (celles et ceux que j’ai reconnu/e/s, vous me signalerez si j’oublie) qui sont présents parmi les mille voix de cette polyphonie:

Isabelle Aeschlimann-Petignat
Raphaël Aubert
Vivienne Baillie
Pascal Bernheim
Sylvie Blondel
Denise Campiche
Olivier Chapuis
Mélanie Chappuis
Simone Collet
Sophie Colliex
Nicolas Couchepin
Elisabeth Gaillard-Daucourt
Hélène Dormond
Sabine Dormond
Florian Eglin
Véronique Emmenegger
Pierre Fankhauser
Heike Fiedler
Alain Freudiger
Yves Gaudin
Valérie Gilliard
José Gsell
Claudine Houriet
Amina Jendly
Nathalie Jendly
Magali Jenny
Gilles Jobin
Nicolas Kissling
Pierre Launay
Rachel Maeder
Paule Mangeat
Janine Massard
Eric Monnier
Gilles de Montmollin
Julie Moulin
Quentin Mouron
Denise Mützenberg
Pierre Yves Lador
Thierry Luterbacher
André Ourednik
Jean Prod’hom
Philippe Rebetez
Anne-Frédérique Rochat
Walter Rosselli
Daniel de Roulet
Antoinette Rychner
Florian Sägesser
Abigail Seran